Translate

dimanche 20 mai 2018

Edgar Morin " Nous sommes entrés dans une période historiquement régressive "


20 mai 2018

Edgar Morin " Nous sommes entrés dans une période historiquement régressive "

Observateur des mouvements de jeunesse des années 1960, le sociologue explique que Mai 68 était une révolte libertaire différente de celle qui se joue aujourd'hui, où les mouvements néo-autoritaires tiennent le haut du pavé

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Né en  1921, le sociologue Edgar Morin se trouvait à l'université de Nanterre au début des événements de Mai 68 et analysa pour Le Monde les ressorts de cette " commune étudiante " (17  mai 1968) et cette " révolution sans visage " (5  juin 1968). Il revient sur l'inactualité de Mai 68 aujourd'hui.


Où étiez-vous en mars  1968, lorsque le mouvement a commencé ?

J'étais à Nanterre, car le sociologue Henri Lefebvre m'avait -demandé de le remplacer pendant son voyage en Chine. Je me souviens des cars de police qui quittaient les lieux quand je suis arrivé. Je revois un petit rouquin sur le perron de l'université qui s'agitait et criait, c'était Daniel -Cohn-Bendit. Je me rappelle aussi avoir croisé Alain Touraine, avant de rejoindre mon amphithéâtre sans fenêtre. Ce jour-là, il y avait un véritable tohu-bohu dans l'université. Au moment de commencer mon cours, quelques voix se sont mises à scander le mot " grève ". Je leur ai répondu : " Vous n'avez qu'à voter, si vous voulez faire la grève. " L'écrasante majorité souhaitait le maintien du cours, mais trois étudiants, probablement des " situ " - se revendiquant de l'Internationale situationniste - , ont éteint les lumières. Donc impossible de faire cours. Alors je me suis un peu baladé, j'ai parlé avec Paul Ricœur, et progressivement je me suis rendu compte de ce qui se passait.
Quelques semaines auparavant, j'avais fait une conférence à Milan sur l'internationalité des révoltes étudiantes qui, à cette époque, déferlaient, de la Californie à la Pologne. Je m'étais demandé comment expliquer cette simultanéité dans les révoltes étudiantes au sein de régimes politiques pourtant très différents. Le seul facteur commun, pour moi, c'était la révolte contre l'autorité, qu'elle soit universitaire, familiale ou politique. Alors, j'ai tout de suite dit autour de moi : " Il y a un bouillon de culture de rébellion étudiante à -Nanterre. " J'ai suivi les événements dès le début, le passage de Nanterre à Jussieu, puis de Jussieu à la Sorbonne.


Vous avez écrit, à l'époque, une- -série d'articles pour " Le Monde " sur ces événements. Dans quelles circonstances ?

J'étais en contact avec mon jeune -collaborateur Bernard Paillard, qui -suivait le mouvement étudiant sur place, et c'est par lui que j'ai su qu'il y avait un mouvement à Jussieu. J'y suis allé : les salles de cours étaient occupées par des étudiants qui organisaient des débats sur la politique ou l'éducation. C'est à ce moment-là que j'ai prévenu Claude Lefort - philosophe français, 1924-2010 - et Cornelius Castoriadis - philosophe grec, 1922-1997 - . Ils étaient épatés. Pendant que je suis allé déjeuner, la révolte est passée à la -Sorbonne. Comme j'habitais rue Soufflot à l'époque, j'ai suivi les choses de près. La presse ignorait tout et n'avait aucune antenne dans ce milieu, j'étais donc le seul à pouvoir retracer les -événements depuis leur préhistoire et proposer une analyse. Claude Lefort et Cornelius Castoriadis ont écrit des -textes qu'ils ont ensuite intégrés à LaBrèche - livre cosigné avec Edgar Morin paru aux éditions Fayard en  1968 - .
Moi, j'ai proposé un papier au Monde. Jacques Fauvet - à l'époque directeur de la rédaction - était très intéressé par ce qui se passait, mais Hubert Beuve-Méry est rentré de Roumanie et a calmé son enthousiasme. Ma deuxième série de papiers, " Une révolution sans visage ", est tout de même parue. En mai  1968, les philosophes, les écrivains, les intellectuels prenaient parti par le biais de tribunes -publiées dans la presse. Certains militaient dans un comité étudiants-écrivains. J'ai préféré être un témoin -compréhensif. Je n'ai pas pris part au comité auquel participaient mes amis.


Pourquoi avoir choisi ce statut -d'observateur ?

Grâce à mes articles, j'étais un témoin positif de Mai 68, je révélais le visage du mouvement, sans adhérer aux illusions révolutionnaires de ceux qui faisaient partie des comités d'intellectuels. L'essentiel de mes papiers allait justement contre le mythe que propageaient les groupuscules trotskistes et maoïstes qui ont parasité le mouvement, lequel était en réalité profondément libertaire. C'était un mouvement explosif, qui n'avait pas d'objectif de prise de pouvoir mais voulait simplement aller aussi loin que possible. Les trotskistes et les maoïstes sont arrivés en promettant de réaliser les aspirations de chacun grâce au socialisme marxiste-léniniste. Une partie de la jeunesse s'est laissée influencer par cette promesse. Or, croire en une révolution était une illusion. Moi, à ce moment-là, j'observais le mouvement et je me disais qu'il traduisait les aspirations profondes qu'exprime l'adolescence et qu'il révélait de véritables carences de notre société.


Vous liez le mouvement de Mai 68 à l'affirmation de l'adolescence comme nouvelle classe d'âge ?

Dans l'histoire européenne, l'adolescence n'était pas socialisée en tant que telle : on passait de l'enfance à la vie de travail dans les classes populaires ; les étudiants ont toujours été sociologiquement les seuls adolescents, puisqu'ils n'étaient pas encore intégrés dans l'économie du travail.
Lentement, une zone protoplasmique s'est constituée entre le cocon de l'enfance et l'intégration de l'âge adulte. Et -progressivement, à partir de 1960, une classe d'âge s'est formée avec sa musique, son langage, ses rites, sa culture (rock, yé-yé, jeans, langage, rites et -fêtes communes). Elle a exprimé les -aspirations fondamentales de l'être humain, celles qu'il oublie une fois adulte : épanouir sa propre personnalité au sein d'une communauté, lier l'affirmation du " je " à celle du " nous ". Les étudiants se sont fait les idéologues et les avant-gardistes politiques de cette classe d'âge, en formation depuis 1960.


Dans votre premier article, vous parlez de ces jeunes qui ont " joué -à la révolution "…

Bien sûr, ils ont joué à la révolution avec le plus grand sérieux. Ils adhéraient à leur révolte tout en mimant nos révolutions passées avec les barricades. Le luddisme existait dans les graffitis, dans la joie, dans l'exaltation…


Mai 68 est-il le ferment de l'actuel individualisme consumériste, comme l'a soutenu Régis Debray ?

Cette théorie suppose une volonté consciente ou semi-consciente du -capitalisme. Le Mai 68 vécu était un mai libertaire, antiautoritaire et anti-société de consommation. L'un de ses effets postérieurs a été de pousser un certain nombre de jeunes à mener une vie frugale de berger dans le Larzac. Beaucoup sont partis élever des chèvres ou sont devenus des néoagriculteurs. Mais la chute des espoirs révolutionnaires, surtout après 1977, a poussé les esprits à retomber dans la société normale et à s'y insérer. Selon moi, c'est l'échec de l'espoir révolutionnaire qui a favorisé l'adaptation à la société qu'on refusait. Mai 68 était à la fois -individualiste et communautaire, il y avait le jouir sans entrave, mais aussi l'aspiration et la chaleur de la communauté. C'était l'union instable des deux. La désintégration du mouvement a fait retomber les gens dans le cours individualiste de la société occidentale. L'extinction de la solidarité de village ne date pas de là, l'extinction de la solidarité ouvrière ne vient pas de Mai 68, l'individualisme forcené, la -fermeture des gens sur eux-mêmes non plus. Ce sont autant de phénomènes typiques qui proviennent du cours de notre civilisation.


Vit-on une sorte de Mai 68 à l'envers, avec ces jeunes qui théorisent non plus l'internationalisme, mais le nationalisme, non plus le progressisme mais le conservatisme ?

Nous sommes entrés dans une période historiquement régressive, avec le développement de ces mouvements que l'on appelle " populistes " et qui sont néoconservateurs et néoautoritaires. Et alors que, traditionnellement, la jeunesse, surtout étudiante, est plutôt de gauche, du moins jusqu'en  1995, on a vu apparaître avec La Manif pour tous une jeunesse traditionaliste, nationaliste et réactionnaire. Elle a toujours existé, mais silencieusement ou à la marge depuis la seconde guerre -mondiale. On voit la déperdition progressive du peuple de gauche, la crise radicale de la pensée de gauche, mais on ne peut en imputer la cause à Mai 68.


Voit-on aujourd'hui des mouvements, des initiatives qui semblent reprendre l'élan de Mai 68 ?

Il y a une vitalité qui se manifeste dans le bouillonnement d'associations vouées à la solidarité, à l'économie -sociale et solidaire, à l'écologie, à la critique alternative de la société, à la lutte active contre l'évasion fiscale. Il y a eu Nuit debout, Notre-Dame-des-Landes, entre autres. On constate un exode urbain vers la campagne, notamment à Paris. Ce n'est pas la suite directe de Mai 68, mais c'est dans la continuité de ses aspirations : mener une autre vie, libérée, autoresponsable, une vie de solidarité. On retrouve ces ambitions dans toutes ces initiatives et ces associations, encore incapables de s'entre-fédérer et de trouver leur voie. Selon moi, c'est ça le véritable héritage de Mai 68.
propos recueillis par, Nicolas Truong
© Le Monde

Pédophilie : la culpabilité de l'Église


20 mai 2018

Pédophilie : la culpabilité de l'Église

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Cinq ans après son élection, le 13  mars 2013, le pape François tente de sortir de la crise la plus violente qu'il ait eu à affronter autour des scandales de pédophilie qui ont secoué le clergé -chilien depuis des années. Vendredi 18  mai, dans un geste sans précédent depuis deux siècles, trente et un évêques chiliens, -convoqués par le pontife argentin à Rome à la suite d'un rapport accablant de 2 300 pages mettant en lumière " de nombreuses situations d'autorité et d'abus sexuels " couverts par l'Eglise catholique, ont remis leur démission. Cette affaire ternit l'image d'un pape qui a toujours mis l'accent sur la défense des faibles et des démunis face aux puissants, mais qui a été jusque-là moins vigilant que son pré-décesseur, Benoît XVI, sur les scandales de pédophilie.
Lors de sa visite au Chili, en janvier, François avait affiché son soutien à l'évêque d'Osorno, Juan Barros, accusé d'avoir protégé un prêtre, Fernando Karadima, dont l'Eglise avait reconnu qu'il avait agressé sexuellement de nombreux mineurs. Le prélat récusait ces accusations. Et le pape avait affirmé qu'" il n'y - avait - pas une seule preuve contre lui ", n'hésitant pas à imputer ces " calomnies " à des " gauchistes ". Peu après, le cardinal américain Sean Patrick O'Malley, un des principaux ministres du pontife, lui avait infligé un camouflet en disant comprendre " la grande douleur "provoquée par ses propos " pour les survivants d'agressions sexuelles par des membres du clergé ou par d'autres agresseurs ".
Prenant finalement conscience de sa faute, François a diligenté une enquête au Chili, écouté les victimes et reconnu son aveuglement. Opérant un virage à 180 degrés, il a en quelque sorte plaidé coupable, avouant sa " douleur " et sa " honte " devant le " mal irréparable fait à des enfants par des ministres de l'Eglise "" Nous sommes tous impliqués, moi le premier ", a-t-il affirmé, en admettant " avoir commis de graves erreurs d'appréciation et de perception ". Mais il a aussi mis en cause son propre système ecclésial, qui a fait la preuve de son incapacité à instaurer des mécanismes de contrôle pour éviter de telles déviances. Alors qu'il a souvent dénoncé la propension des clercs à s'attribuer une autorité supérieure à celle des autres croyants, il avait agi, dans l'affaire chilienne, comme un chef d'administration d'abord soucieux de défendre ses agents. Aujourd'hui, il reconnaît que " quelque chose dans le corps ecclésial est malade " et parle même de " perversion " ecclésiale.
Le pape bat sa coulpe, mais il dit lui-même qu'il ne suffira pas de changer les hommes et qu'il faudra " trouver les racines et les structures qui ont permis que ces événements se produisent et se perpétuent ". Il préconise de travailler avec la société civile pour " promouvoir une cultureanti-abus ". Une première commission de protection des mineurs, instituée par François, avait formulé des pistes pour mettre en œuvre la " tolérance zéro " réclamée par le pape. Aucune n'a jusqu'alors été retenue. S'il n'y a pas rapidement des sanctions et des réformes – comme la création d'un tribunal chargé de juger les évêques défaillants, la levée du secret pontifical dans les procédures canoniques en cas d'agressions sexuelles, l'abolition du délai de prescription –, la démission des évêques chiliens ne sera qu'un coup d'épée dans l'eau, qui laissera intactes la honte de l'Eglise et la douleur de ses victimes.
© Le Monde

Françoise Hardy " Le sentiment de honte m'a toujours accompagnée "


20 mai 2018

Françoise Hardy " Le sentiment de honte m'a toujours accompagnée "

JE NE SERAIS PAS ARRIVÉe LÀ SI… " Le Monde " interroge une personnalité en partant d'un moment décisif de son existence. Cette semaine, la chanteuse confie des blessures liées à son enfance

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Elle a frôlé la mort, et personne n'imaginait qu'elle publierait un nouvel album. Il est là, pourtant,Personne d'autre, mélancolique, poignant. A cette occasion, Françoise Hardy nous a parlé librement de ses passions, de sa vie, de la mort…


Je ne serais pas arrivée là si…

Si mon père ne m'avait pas offert une guitare lorsque j'ai été reçue au bac. Ma mère avait voulu qu'il fasse un geste pour l'occasion. Elle n'avait aucuns moyens, elle savait qu'il en avait bien davantage, et m'avait demandé ce qui me ferait plaisir. J'ai hésité entre une guitare et un petit poste transistor – car j'écoutais avec passion, sur le poste familial, une station anglaise qui diffusait non-stop de la pop music, les Shadows, Elvis Presley, Brenda Lee… J'ai choisi la guitare.


Vous saviez en jouer ?

Pas du tout ! Je ne connaissais rien en musique. Et mon choix me reste à ce jour incompréhensible. Sauf à penser qu'il m'a été soufflé… Un ange gardien ou des forces invisibles aident parfois à forcer le destin. En tout cas, ce fut déterminant. J'ai appris seule trois ou quatre accords, grâce à la petite méthode livrée avec la guitare. Et c'est ainsi qu'en faisant guiling guiling, j'ai fini par composer – cela me paraît un bien grand mot – Tous les garçons et les filles. Vous savez, ce n'est pas très compliqué. Tout est joué sur la même note : tatatata…


Cela vous a pris combien de temps ?

Oh ! Très peu. Dès que je rentrais de mes cours à la Sorbonne, où j'étudiais l'allemand, je m'enfermais dans la cuisine de notre deux-pièces parisien, car j'avais remarqué que le carrelage améliorait l'acoustique. Et je composais. Au moins trois mélodies par semaine. Nullissimes ! Mais j'avais quand même envie de les tester en public. Alors, je me suis produite sur la petite scène du Moka Club, qui distrayait des retraités dans un sous-sol du Louvre. Puis j'ai passé une audition au " Petit Conservatoire " de Mireille. "On vous écrira ", disait-elle en général. Mais à moi, elle a dit : " Vous restez là ! " Elle avait quelque chose de pincé, et impressionnait ses élèves. Je me cachais au dernier rang, avec l'angoisse qu'elle me demande de chanter quelque chose.


C'est paradoxal. Vous rêvez de chanter, vous avez l'audace de vous présenter devant des professionnels, et vous vous planquez ?

Oui. J'étais perpétuellement dans cette contradiction, mue uniquement par l'idée que, si je ne faisais pas un effort – un effort qui me coûtait horriblement –, je le regretterais toute ma vie. C'est ainsi que, lorsque j'ai lu dans la rubrique " Les potins de la commère " de France-Soir que Pathé-Marconi souhaitait auditionner des débutants, j'ai trouvé le courage de m'y rendre, persuadée qu'on allait me virer tout de suite. Or, on m'a fait chanter tout ce que j'avais en réserve, avant de me dire que j'étais, hélas, sur le registre d'une de leurs chanteuses, Marie-Josée Neuville. Il n'empêche que j'étais aux anges ! Comme je repartais dans la rue avec ma guitare, on m'a rattrapée en me demandant si j'avais déjà entendu ma voix. Jamais ! On n'avait pas de magnétophone, à l'époque. Alors ils m'ont fait entendre un enregistrement, et j'ai trouvé ma voix moins atroce ou chevrotante que je ne l'avais imaginé. Cela m'a encouragée. J'ai contacté la maison Vogue, qui cherchait un pendant féminin à Johnny Hallyday. On m'a testée, accompagnée par l'accordéoniste Aimable, qui portait bien son nom. Et j'ai alors eu la révélation douloureuse que je ne savais pas chanter en mesure. Un musicien m'a fait répéter plusieurs week-ends dans la loge de concierge de sa mère, et je me suis présentée à Jacques Wolfsohn, qui avait déjà signé Johnny et Petula Clark. Il m'a auditionnée dans une espèce de placard sans fenêtre où je me tenais devant lui, terriblement mal à l'aise. " Quel âge as-tu ?a-t-il finalement demandé. – 17  ans. –Donne-moi les coordonnées de tes parents. Je vais te faire un contrat. "


Un an après l'octroi de la fameuse petite guitare…

C'est l'un des plus grands souvenirs de ma vie professionnelle ! J'avais envie de sauter au cou des passants. Car c'était ça, mon rêve : enregistrer un 45-tours. Rien de plus !


Vous n'imaginiez pas de carrière, de concerts, la gloire et des fans enamourés ?

Oh non ! D'ailleurs ma mère était d'accord pour que je compose des chansons mais à condition que je fasse des études. Elle m'avait même inscrite à Sciences Po, puisque ma mention bien aux deux bacs me dispensait du concours d'entrée. Nous qui venions d'un milieu de rien du tout ! Je me souviendrai toujours de ce premier jour, rue Saint-Guillaume. Quelle honte j'ai ressentie ! Je portais un vilain petit imperméable en popeline bleu ciel et d'affreuses chaussures à talons jaunes. D'un parfait mauvais goût. Je l'ai saisi d'entrée en voyant l'élégance des élèves, principalement des garçons : cette école n'était pas pour moi, et j'ai fui au bout de quelques semaines pour aller à la Sorbonne, où les milieux étaient plus mélangés. Mais je me rappelle avoir côtoyé dans un amphithéâtre le fils Malraux, beau comme un dieu, et avoir été bouleversée en apprenant son accident mortel à la radio.


Vous aviez le complexe de votre milieu ?

Oui. J'avais honte de moi, honte de mon milieu, honte de notre " anormalité " sociale. Je croyais mes parents divorcés, ce qui était très mal vu dans l'école religieuse où mon père avait voulu que nous soyons éduquées, ma sœur et moi. Il payait d'ailleurs en retard notre scolarité, ce qui n'arrangeait guère les choses. Je n'ai appris bien plus tard que ma mère célibataire avait en fait eu ses deux filles avec un homme marié. Mais le sentiment de honte m'a accompagnée toute la vie, réussite professionnelle ou notoriété n'y changent rien.


Vous dites aussi avoir toujours été complexée par votre physique.

Oui. C'était la mode des rondeurs et de Brigitte Bardot… Et quand je vois les photos de mes débuts, je constate en effet que rien n'allait : le vilain manteau vert avec son col en fausse fourrure, la coiffure ridicule, le maquillage inadéquat… Et puis toute mon enfance et mon adolescence, j'ai entendu ma grand-mère me rabaisser, me trouver nulle et moche, alors qu'elle complimentait ma sœur, dont la morphologie était plus proche de la sienne. Cette dévalorisation permanente est un boulet qu'on traîne à vie ; mais, à tout prendre, c'est peut-être mieux que l'inverse. Ma sœur si encensée a fini schizophrène et paranoïaque. Elle en est morte.


Le regard de votre mère compensait-il ce dénigrement ?

Elle n'a jamais manifesté la moindre préférence pour l'une ou l'autre de ses filles. Mais, à la fin de sa vie, elle m'a confié qu'elle ne s'était jamais senti d'atomes crochus avec ma sœur cadette et m'avait toujours préférée. Et je me suis dit que cette sœur avait dû le ressentir, car elle m'a avoué un jour que l'unique sentiment que notre mère lui avait inspiré était la peur. C'est vrai qu'elle me faisait parfois peur, à moi aussi. Mais notre relation était fusionnelle, et je l'ai adorée à un point… Trop sans doute.


Trop ? On peut trop aimer quelqu'un ?

L'amour exclusif, envahissant, inconditionnel, enferme, isole, et exclut toute autre relation. Ma mère n'avait pas d'amis, pas de mari, et notre univers était si restreint que je vivais dans la peur qu'il lui arrive quelque chose. Si elle rentrait de son travail avec cinq minutes de retard, j'entrais dans une angoisse folle, et j'avais des crises de sanglots à l'idée de me séparer d'elle pour les vacances. C'est pour cela que je n'ai jamais vu d'un très bon œil les femmes qui font un enfant toutes seules, comme dans la chanson de Goldman. A moins qu'une grande famille à proximité compense la relation fusionnelle. Cela n'était pas mon cas. Le seul couple qu'a formé ma mère dans sa vie, c'était avec moi. Et elle a toujours considéré Jacques - Dutronc - d'un mauvais œil.


Parce qu'il lui volait sa fille ?

Je ne sais pas. Au début, il la faisait rire. Puis elle a dû percevoir ma dépendance croissante envers lui, qui était encore très jeune, avait besoin de vivre sa vie, sollicité par toutes les filles qui lui tombaient dans les bras. Elle venait garder notre fils, Thomas, dans l'après-midi, et se comportait comme si elle était chez elle. Si j'étais avec Jacques dans ma chambre et que nous fermions la porte, elle entrait sans frapper. Et puis, elle posait mille questions, me demandant par exemple si -Jacques prêtait de l'argent à Untel. J'ai fini par répondre qu'il avait 40 ans, et que ça ne la regardait pas. Elle a explosé, instruit le procès de Jacques de manière violente, affirmant que c'était un très mauvais père. C'en était trop. Et je lui ai répondu qu'elle n'avait pas fait mieux dans le choix d'un père pour ses enfants. " Oui, mais moi, je ne me suis jamais mariée ! ", a-t-elle crié. L'aurait-elle voulu qu'elle ne l'aurait pas pu… Mais ça, je ne le savais pas encore. Elle s'est braquée et, malheureusement, on ne s'est jamais rabibochées.


Votre carrière a explosé dès la sortie de ce premier disque, en  1962. Vous avez alors enchaîné les concerts, les tournées à l'étranger. Pourquoi avoir arrêté la scène quatre  ans plus tard ?

Je n'aimais pas la vie que cela impliquait : les séparations permanentes d'avec l'homme que j'aimais, les attentes, la solitude, la dépendance au téléphone. Ma vie personnelle – et amoureuse – a toujours été prioritaire.


Même explication pour le cinéma ?

C'est vrai que j'ai détesté ces tournages qui m'entraînaient loin de Paris et sur lesquels, privée de mon amoureux, je pleurais tous les soirs. C'est un métier tellement difficile qu'il faut avoir le feu sacré, et je ne l'avais pas. Je n'ai jamais su jouer. J'ai même toujours détesté les jeux. Enfant, c'était déjà une grave lacune chez moi. Je suis incapable de simuler et de mentir. Ecrire une chanson exige au contraire d'aller au plus profond de son vécu et de son ressenti.


Que cherchez-vous en écrivant ?

Un exutoire. Dès ma première grande histoire d'amour. Et cela n'a fait que croître. J'ai essentiellement écrit des textes qui correspondaient à mon vécu, présent ou passé.


Beaucoup de tristesse et de nostalgie…

Les belles mélodies sont ma drogue. Elles m'envoient au septième ciel. Un bel adagio de Brahms ou de Rachmaninov. Ou cette chanson de Katie Melua dans laquelle elle dit que l'état amoureux est l'état le plus proche de la folie. Rien à voir avec le rap, qui ne me fait ni chaud ni froid. Alors oui, j'ai écrit beaucoup de textes inspirés par mon histoire d'amour avec Jacques, et les souffrances, frustrations, illusions, désillusions, interrogations abyssales qu'elle a occasionnées. Une mélodie mélancolique est ce qui transcende le mieux la douleur des sentiments.


Vous avez l'image d'une femme libre, en contradiction avec cette idée d'acceptation de la souffrance.

Acceptation. Pas recherche. Quand vous éprouvez pour quelqu'un un sentiment très fort, vous êtes prête à en payer le prix. Et il est souvent très élevé.


Dans vos récents livres, en revanche, il est surtout question de spiritualité.

J'étais une petite fille mystique, et les livres traitant de spiritualité m'ont toujours attirée comme des aimants. En quête de sens, oui. Y compris celui du sursis qui m'a été accordé après trois semaines de coma, à l'antichambre de la mort… Mais musique et spiritualité sont intimement mêlées. L'inspiration, avec un grand " I ", est de nature divine. Et je pense que certains grands compositeurs de musique classique touchent à la transcendance.


La mort ne semble pas vous affoler.

Si ! La souffrance m'affole, et la mort se passe rarement sans souffrance. En  2005, au moment de mon premier décollement de la plèvre, j'ai cru pour la première fois que j'allais mourir. Lorsque l'infirmier qui me couvrait de patchs m'a demandé ce que je ressentais, j'ai failli éclater en sanglots. Ma panique était d'être séparée de Thomas et de lui faire de la peine pendant un certain temps.


Jacques Dutronc a longtemps assuré qu'il ne ferait pas de vieux os et que vous seriez une très jolie veuve. Mais dans un livre récent, vous confiez que l'épreuve de sa disparition serait telle qu'elle vous précipiterait dans la tombe en même temps qu'on l'y mettrait lui-même.

On a longtemps plaisanté sur l'envie secrète qu'aurait chacun d'enterrer l'autre. Mais la vérité est celle énoncée dans le livre : il faut qu'il meure après moi. Je le lui rappelle chaque fois qu'il me fait part d'un pépin de santé. En fait, je crois qu'on ne mourra pas loin l'un de l'autre dans le temps. C'est bien ce qui m'inquiète pour Thomas. Il a été très affecté par la mort de Johnny. Pas seulement parce qu'il l'aimait beaucoup, mais aussi parce qu'il a réalisé que ses parents risquaient d'être les prochains sur la liste. Alors il nous a interdit de mourir. " Débrouillez-vous comme vous voulez, je refuse catégoriquement que vous mouriez. Ou alors quand vous aurez 110  ans, parce que j'en aurai 81, et… " Il est trop drôle ! Mais les chimios et expériences déjà vécues à l'hôpital me pendent au nez. Et croyez-moi : malgré ma certitude que la mort physique ne marque pas la fin des liens très forts tissés dans notre vie, et qu'elle ne sonne en aucun cas la fin du voyage, je ne suis pas sereine.
Propos recueillis par Annick Cojean
© Le Monde

Les Crises.fr -Pourquoi tant de monde dénonce l’autoritarisme de Trump et de Poutine mais pas celui de Benjamin Netanyahou en Israël ? .....


https://www.les-crises.fr

                                Les Crises
20.mai.2018 // Les Crises

Pourquoi tant de monde dénonce l’autoritarisme de Trump et de Poutine mais pas celui de Benjamin Netanyahou en Israël ? Par Mehdi Hasan


Source : The Intercept, Mehdi Hasan, 30-04-2018

Photo : Abir Sultan/AFP/Getty Images
Nous entendons beaucoup les libéraux de l’Ouest ces derniers temps concernant la montée en puissance de gouvernements autoritaires et intolérants à travers le monde : de la Russie de Poutine à la Hongrie d’Orban, de l’Amérique de Trump à la Turquie d’Erdogan ; de l’Inde de Modi aux Philippines de Duterte.
Mais nous n’entendons rien au sujet de Netanyahou en Israël – malgré le fait que le pays, comme l’ancien ministère israélien des Affaires étrangères Shlomo Ben-Ami l’a concédé, « succombe à ses pulsions ethnocentriques les plus profondes » et se trouve « désormais sur le chemin le menant au club en forte progression des démocraties autoritaires, et il faut en remercier le Premier ministre Benjamin Netahyahou ».

Certains pensent que « sur le chemin » est un euphémisme. Selon Hagai El-Ad, directeur exécutif de B’Tselem, le Centre israélien d’information sur les droits de l’homme dans les territoires occupés, l’État juif pourrait être considéré comme un membre fondateur de ce club particulier car il a pris une « large avance » sur les autres. Par exemple, la pratique de « décrire l’opposition et notamment les organisations des droits de l’homme comme des traîtres, et aussi en appelant à des enquêtes criminelles sur elles… peut sembler familier aux observateurs de divers pays… dans lesquels les gouvernements autoritaires sont en progression », m’a-t-il dit lors du dernier épisode de Deconstructed [podcast de The Intercept, NdT], « mais Israël l’a déjà fait, bien avant ».
Considérons l’arsenal des lois « anti-démocratiques » qui ont été adoptées par la Knesset, le parlement israélien, au cours de la dernière décennie ; des lois qui ont eu un effet paralysant sur la liberté de parole et d’expression. En 2011, il y a eu la « loi sur le boycott », qui a rendu tout individu ou organisation israélienne qui appelle au boycott contre Israël susceptible d’être poursuivi en dommages-intérêts. Il y avait aussi la « loi Nakba », qui autorisait le ministère israélien des finances à couper le financement de l’État aux institutions qui rejettent le caractère d’Israël en tant qu’État « juif » ou qui marquent le Jour de l’indépendance du pays comme un « jour de deuil ». En 2015, il y a eu la « loi sur les ONG », qui cible les organisations de défense des droits de l’homme financées par des fonds étrangers en Israël et qui a été décrite par le politicien Meretz Mossi Raz comme une « loi semi-fasciste qui nuit à la démocratie et réduit au silence la dissidence d’une manière qui rappelle la Russie de Poutine ». (Sur les 27 organisations menacées par cette loi, 25 d’entre elles sont des groupes de gauche ou des groupes de défense des droits de l’homme.)
Ensuite, il y a l’opinion publique israélienne, dont le glissement vers la droite autoritaire et raciste a été remarquable au cours des dernières décennies. Selon les sondages de Pew, près de la moitié (48 %) des Juifs israéliens soutiennent maintenant l’expulsion des Arabes d’Israël, tandis que la grande majorité d’entre eux (79 %) pensent qu’ils ont le droit de mériter un « traitement préférentiel » par rapport aux minorités non juives en Israël.
Sur Deconstructed, j’ai également parlé à Avner Gvaryahu, un ancien parachutiste des Forces de défense israéliennes qui est maintenant directeur exécutif de Breaking the Silence [rompre le silence, NdT], une ONG israélienne qui est « particulièrement injuriée parmi les Israéliens de droite » parce qu’elle recueille des témoignages anonymes d’anciens combattants de l’armée israélienne sur les abus qu’ils ont commis ou dont ils ont été témoins pendant leur service dans les Territoires Occupés. Selon Gvaryahu, la droite israélienne a créé « un environnement toxique qui, je pense, aura des répercussions à l’avenir, mais à ce stade, elle détruit ce qui reste des valeurs libérales dans notre pays ».
Pour avoir fait de telles déclarations provocatrices et dénoncé d’éventuels crimes de guerreperpétrés par l’Armée de défense d’Israël dans les territoires occupés, Gvaryahu, El-Ad et leurs collègues militants des droits de l’homme en Israël ont non seulement été visés par des lois antidémocratiques, mais ils ont également fait l’objet de violences verbales, de harcèlement et de menaces de mort. Les hauts responsables du gouvernement israélien s’en sont aussi mêlés. Vous pensez que Donald Trump accusant CNN de « fausses nouvelles » est mauvais ? Netanyahou a attaqué Breaking the Silence pour avoir répandu « des mensonges et des calomnies [contre] nos soldats dans le monde entier ». Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a accusé les membres de B’Tselem et de Breaking the Silence de n’être des « que des traîtres » financés par « ces mêmes fondations qui financent le Hamas ».
J’ai demandé à Gvaryahu comment il réagit aux attaques personnelles et vicieuses venant des plus hauts responsables de son pays. « Nous plaisantons à ce sujet… entre membres de Breaking the Silence : À quel moment sommes-nous devenus des traîtres ? Était-ce la première fois que nous avons lu un blogueur de gauche en tant que soldats ? Est-ce que c’est quand nous avons lu… un livre quand nous gardions [des prisonniers palestiniens] que cette idée nous est venue à l’esprit, et que nous avons commencé à nous demander ce que nous faisions – étions nous déjà des traîtres à l’époque ? Lorsque nous avons partagé nos expériences en revenant à la maison, en parlant à certains membres de notre famille – avons-nous été des traîtres à l’époque ? Ou ne sommes-nous devenus des traîtres seulement après avoir rompu notre silence publiquement ? »
Ces dernières semaines, les tireurs d’élite de l’Armée de défense d’Israël ont fait l’objet de vives critiques pour avoir tiré et tué des dizaines de manifestants palestiniens non armés, y compris des enfants et des journalistes, à la frontière avec Gaza. Pour Gvaryahu, « la vérité est qu’il y a probablement des soldats à la frontière maintenant et qui feront partie de Breaking the Silence dans le futur. Sont-ils déjà traîtres en ce moment ? »
El-Ad dit qu’il n’est pas surpris par la rhétorique hostile. « Depuis 50 ans, nous définissons toute opposition palestinienne à l’occupation comme une provocation. Alors pourquoi ne commencerions-nous pas à définir l’opposition israélienne à l’occupation comme une provocation et à combler progressivement le fossé entre les deux côtés de la Ligne verte (frontière de 1967), mais dans la mauvaise direction ? »
Avec El-Ad, Gvaryahu et leurs organisations constamment attaquées par les responsables et les médias israéliens de droite, n’est-il pas honteux que les libéraux de l’Occident ne s’expriment pas haut et fort en leur faveur ? Qu’ils sont si désireux de dénoncer les comportements illibéraux et autoritaires de Trump ou Vladimir Poutine, mais si désireux de donner un laissez-passer à Netanyahou ?
Ce gouvernement actuel israélien – le gouvernement le plus à droite, et anti-paix de mémoire d’homme – est déterminé à diaboliser et à délégitimer ses détracteurs nationaux, en particulier les militants des droits de l’homme et les groupes de la société civile. En faisant fi de la liberté de parole et d’expression !
Pourquoi ? Parce que la critique juive de l’État juif a toujours été plus difficile à rejeter ou à ignorer. Que ce soit Albert Einstein et Hannah Arendt dans les années 1940… ou Natalie Portman récemment ce mois-ci. L’actrice israélo-américaine a provoqué un tollé en Israël après avoir refusé d’assister à une cérémonie de remise de prix à Tel Aviv parce qu’elle a ditqu’elle ne voulait pas apparaître comme approuvant Benjamin Netanyahou » et s’est opposée au « mauvais traitement de ceux qui souffrent des atrocités actuelles » en Israël. Et quelle a été la réponse du gouvernement israélien ? Le ministre Yuval Steinitz a affirmé que le boycott de Portman « frôlait l’antisémitisme ».
Quiconque s’élève contre le comportement répressif du gouvernement israélien, tant à l’intérieur qu’au-delà de la ligne verte, doit être réduit au silence. C’est maintenant la mentalité autoritaire et ultranationaliste qui domine non seulement à l’intérieur du cabinet Netanyahou, mais aussi à la Knesset. Plus tôt cette année, les législateurs israéliens ont donné leur feu vert à un amendement permettant au ministère de l’éducation d’interdire aux associations critiques à l’égard de l’Armée de défense d’Israël d’entrer dans les écoles. Les membres de la Knesset ont explicitement désigné Breaking the Silence lors du débat sur l’amendement.
Gvaryahu croit qu’une mesure aussi radicale et draconienne serait difficile à défendre devant les tribunaux. « Mais ce qui est plus intéressant, me dit-il, c’est que même si cela a fait l’objet de discussions et que nous sommes interdits dans les écoles qui nous invitent, nous sommes toujours invités. Il y a quelques mois, nous avons vécu une expérience assez étonnante où des élèves du secondaire nous ont invités, et leurs directeurs d’école ont eu peur du refoulement. Et ils ont décidé d’annuler. »
Néanmoins, le patron de Breaking the Silence continue, « les étudiants eux-mêmes ont dit : “Vous savez quoi ? Nous allons les rencontrer sur notre temps personnel, dans notre propre maison” – des jeunes de 17, 18 ans ! Comment motiver les jeunes de 17, 18 ans à cet âge et à cette époque à faire quelque chose ? Et pendant leur temps libre, en dehors de l’école, ils ont dit : “Nous vous inviterons”. »
Gvaryahu explique donc qu’il est optimiste et qu’il n’a pas l’intention de renoncer à sa campagne contre l’occupation illégale d’Israël ou les violations des droits de l’homme dans un avenir proche – peu importe la pression exercée d’en haut et le peu de soutien qu’il reçoit des libéraux en Occident. L’ancien soldat croit que lui et ses collègues activistes peuvent continuer à « briser le silence » devant de plus en plus d’Israéliens, surtout les plus jeunes. « Ils ferment une porte », me dit-il, « nous entrons par la fenêtre ».
Photo du haut : Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou préside la réunion hebdomadaire du cabinet à son bureau à Jérusalem le 11 décembre 2016.
Source : The Intercept, Mehdi Hasan, 30-04-2018
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Les Crises.fr - Palestine : d’un massacre à l’autre, par Jacques-Marie Bourget

https://www.les-crises.fr


                                  Les Crises

20.mai.2018 // Les Crises

Palestine : d’un massacre à l’autre, par Jacques-Marie Bourget


Fût un temps où les chinois, quand ils exécutaient un condamné à mort –c’est-à-dire souvent-, demandaient à la famille de payer le prix de la balle, celle du peloton. En regard, je pense que les Palestiniens restent des privilégiés : Israël n’envoient pas de facture aux parents de ceux qu’il massacre. La preuve que ce pays est vraiment une grande démocratie.
Pour avoir reçu, le 21 octobre 2000 à Ramallah, une balle de M16 produite par IMI (Israël Military Industry) dans le poumon gauche, je peux témoigner qu’il ne faut pas en faire une montagne. Et que ces Gazaouis qui se font assassiner sont vraiment des pleurnichards. Quoi de plus noble que d’être touché (comme par la grâce) par un de ces divins projectiles qui sont comme une onction ? Si vous en êtes atteint c’est, forcément, que vous étiez en faute, pas dans le droit chemin mais dans la traverse de l’histoire. Une balle religieuse c’est comme une goutte d’eau bénite, ça fait du bien où ça coule et ça ne peut pas se tromper. Et c’est réconfortant de mourir en sachant qu’on est justement châtié. Survivant, on vous reprochera votre résurrection.
Pour être objectif, comme mes confrères journalistes qui couvrent en ces heures si complètement et humainement l’affaire du safari humain de Gaza, je dois dire que la réception d’un balle de M16, dans le buffet, est assez surprenante, sidérante. Le calibre 5,56 à 975 kilomètres heure, c’est bousculant. D’ailleurs on tombe. Après c’est le bonneteau. Ou vous restez en vie (où ce qu’il en reste), ou vous êtes mort. Voyez que j’avais raison d’affirmer que ce n’est pas si grave.

Voilà ma contribution pour rassurer les bonnes consciences, les pétitionnaires que l’on n’entend pas aujourd’hui. Qu’elle dorme tranquille la clique des Bruckner et des Val, un bon palestinien est un palestinien mort. C’est fou ce que certains entendent faire comme bruit autour d’un fait divers moyen-oriental, même s’il se passe au printemps !
Les Palestiniens se souviennent un peu plus aujourd’hui, que le reste de leur temps perdu, de la Nakba, le « cauchemar », la « catastrophe ». Qui marque, au printemps 48, l’exil pour 800 000 d’entre eux. Pendant longtemps les menteurs de guerre ont tenté de nous faire avaler que cette fuite répondait à un appel du grand mufti de Jérusalem disant, en gros : « quittez le pays pour mieux revenir en conquérants ». C’est une baliverne. Les Palestiniens ont été chassés par les armes, par la violence, le crime et la torture, chassés par les milices embryon de la future « Tsahal ». On nous parle, parfois de Deir Yassin, « l’Oradour sur Glane de Palestine », comme « le » souvenir du massacre (une centaine de villageois exécutés). Mais cette tuerie cache d’autres Deir Yassin, aujourd’hui connus grâce au travail des « nouveaux historiens » israéliens. Le photographe français Bruno Fert, dans son livre « Les Absents », glaçant comme l’iceberg du Titanic, nous montre les quelques pierres et vestiges qui restent de ces villages détruit en 1948. Effacés de l’histoire.
En septembre 1982 j’ai vu le massacre de Sabra et Chatila à Beyrouth. Nain face à l’immensité de cette horreur pilotée par Israël, j’ai attendu 30 années avant de pouvoir apporter un témoignage. Les crimes sont tels que l’on refuse d’en faire des mots. En décembre de cette année de deuil, l’Assemblée générale de l’ONU a qualifié cette éradication « d’acte de génocide », acte imprescriptible. Mais jamais instruit ni puni. Les massacres sont la litanie de l’histoire des Palestiniens, les stations de leur calvaire.
Jadis cette barbarie récurrente mobilisait les cœurs purs, des hommes et des femmes descendaient en masse dans les rues de la planète pour hurler. Puis le 11-Septembre, l’attentat contre les tours de New York a été l’occasion du coup de sifflet final. Les Palestiniens ne sont plus des combattants luttant pour leur terre, mais des terroristes. Faux dans sa réalité, le slogan qui a fait des enfants d’Arafat des clones de Ben Laden et Daech a été efficace. Mieux, avec la montée en force du Hamas (groupe dont la création a été aidée par Israël), avec ses femmes voilées et ses barbes, son allégeance aux Frères Musulmans, les Palestiniens ont cessé d’être perçus comme des combattants nationalistes. Ils sont devenus des pèlerins de la Oumma. Ils ont quitté le champ de l’indignation pour foncer dans les querelles d’églises, le Qatar étant la nouvelle Mecque des chefs du Hamas. Ai-je dit qu’il était juste et bon de bombarder, massacrer, d’affamer Gaza ? Non, mille fois. Je tente seulement d’expliquer que dans un monde d’images, la cause palestinienne en passant des icônes de Leila Khaled et d’Arafat au polaroïd de Khaled Mecha’al a perdu la guerre de l’émotion.
Cette banalité des morts palestiniens, voulues par l’opinion publique israélienne, se traduit dans les lignes, commentaires et titres de notre presse française, propriété de milliardaires. Sur BFM-TV, Ulysse Gosset, clown à tête de Lucifer, est très en colère que les morts de Gaza « soient venus gâcher la fête de Jérusalem », l’ouverture d’une ambassade des USA qui, une fois de plus, enterrait le droit international. Les cathos bretons d’Ouest France, eux, voient ces crimes se situer « en marge » de la pathétique pitrerie de l’ambassade. Ah les crimes de marge. Marge ou crève ! Pour les autres savants de presse les mots pour le dire sont prêts : « c’est la faute du Hamas ».
Thème ancien puisqu’en 2 000, juste avant de croiser cette balle de M16 tombée du ciel, j’avais longuement enquêté sur les ressorts de la « seconde Intifada ». On accusait Arafat ou Abou Jihad de tirer les ficelles rouges de la révolte en envoyant la jeunesse au casse-pipe. Et c’était faux. D’abord nul n’oblige un soldat, même israélien, à tirer sur des êtres désarmés ou équipés de frondes. Ensuite j’ai vu les mères, elles aussi chargées de cailloux, qu’elles lançaient à leurs enfants pour les faire rentrer de force à la maison. Dire que la mort d’un « martyr » est, pour ceux qui restent, un épisode de bonheur est une ignominie badigeonnée de racisme. Jusqu’à ce que soit publiée une étude conduite de concert par Trump et Netanyahou, du Darwin à rebours, les Palestiniens sont des êtres vivants. La preuve ils saignent.
Jacques-Marie Bourget
Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]
WASTERLAIN // 20.05.2018 à 08h25
Merci Monsieur Bourget ! Merci de nous rappeler qu’il existe de vrais journalistes, ceux qui vont sur le terrain au péril de leur vie pour nous informer et non nous formater !




Les Crises.fr - Qui contient qui ? Par Graham E. Fuller

https://www.les-crises.fr

                                       Les Crises
20.mai.2018 // Les Crises

Qui contient qui ? Par Graham E. Fuller


Source : Graham E. Fuller, 07-02-2018
Au fil des ans, « l’endiguement » a été un instrument politique clé par lequel les États-Unis ont cherché à isoler, affamer ou excommunier des régimes de la « communauté internationale » qui refusent d’accepter l’ordre mondial dominé par les États-Unis.
Pourtant, la grande ironie aujourd’hui est que cette politique très américaine d’endiguement semble maintenant caractériser la façon dont de nombreuses grandes puissances dans le monde en sont venues à penser leur façon de traiter les États-Unis. Ces États n’utilisent pas le mot « endiguement », mais l’intention est toujours la même ; ils perçoivent la nécessité de « contenir » ou de contraindre Washington, limitant ainsi les dommages que les États-Unis peuvent infliger à leurs intérêts nationaux sans s’engager dans une confrontation directe avec eux.
L’endiguement a été un moyen raisonnablement sensé de traiter avec des États hostiles qui ne peuvent être facilement vaincus militairement, sauf à un coût militaire potentiellement énorme pour les États-Unis eux-mêmes, surtout si le risque est une guerre nucléaire. Pendant de nombreuses décennies, l’Union soviétique et la Chine ont été « contenues » en raison de leur idéologie jugée radicale et de leur hostilité à l’ordre mondial dominé par les États-Unis. Ces deux États ont également soutenu de nombreux mouvements révolutionnaires radicaux de gauche dans le monde entier qui s’opposaient idéologiquement aux États-Unis. (Souvent, ces mouvements avaient de bonnes raisons d’être hostiles et révolutionnaires, fréquemment en raison de conditions intérieures terribles dans leur propre pays – et sous des régimes souvent soutenus par Washington. Cuba, le Chili et le Nicaragua viennent à l’esprit, bien que les États-Unis aient finalement fait des efforts pour les renverser après leurs révolutions).

Au cours des dernières décennies, les États-Unis ont appliqué des politiques d’endiguement à l’Irak de Saddam et à l’Iran. L’endiguement de la Corée du Nord a été une politique de longue date, sans doute plus sage que la plupart des autres options. En effet, l’endiguement continu de Saddam en Irak n’aurait-il pas été la politique la plus sage par rapport à la boîte de Pandore déclenchée par l’invasion et l’occupation de l’Irak par les États-Unis et ses vastes retombées régionales ? Mais le confinement soulève aussi des questions approfondies. La première est qu’une fois sur la « liste de confinement » des États-Unis, il est souvent difficile pour un État d’en sortir, à moins d’être la cible d’un « changement de régime » parrainé par les États-Unis. On devient un « régime voyou ». Et le plus grand problème avec le fait d’être « endigué » est que, d’une certaine manière, cela devient une prophétie auto-réalisatrice d’hostilité durable.
Depuis la fin de la Guerre froide, le monde a changé de visage. Parmi les États qui ont atteint un niveau de vie raisonnablement confortable, il y a moins d’appétit pour la confrontation ou la guerre. En conséquence, le « fardeau du leadership mondial » assumé par les États-Unis en temps de guerre et de paix sur la scène internationale est considéré comme une denrée moins désirable qu’auparavant. Ainsi, moins de nations et de peuples sont prêts à risquer la guerre potentielle que le « leadership » américain pourrait provoquer aujourd’hui – en Corée, en Europe face aux affrontements de l’OTAN le long des frontières russes, en patrouillant dans le détroit de Taïwan, ou la guerre au Venezuela, ou le « maintien de la libre circulation du pétrole » dans le Golfe Persique (alors que cette libre circulation n’a presque jamais été contestée).
Un nombre de plus en plus important de sondages internationaux au fil des ans donnent à penser que les populations de nombreux pays du monde en sont venues à considérer les États-Unis eux-mêmes comme l’une des plus grandes menaces à la paix dans le monde. Les États-Unis – presque continuellement en guerre quelque part depuis la chute de l’URSS – gravitent de plus en plus vers des approches militaires pour gérer les crises mondiales. Même avant la présidence de Trump, la diplomatie américaine s’est affaiblie face à la montée des commandements militaires régionaux américains qui éclipsent l’autorité et les compétences de nos ambassadeurs à l’étranger. Le commandant de l’Africom, par exemple, préside un budget militaire massif et représente effectivement la voix dominante de la politique américaine en Afrique. Ces ressources militaires institutionnalisées éclipsent le pouvoir financier et politique de tout ambassadeur des États-Unis dans n’importe quel pays africain. Il n’est pas étonnant qu’une telle mauvaise répartition du pouvoir américain à l’étranger conduise à envisager davantage des solutions militaires que politiques ou diplomatiques.
Dans le monde en mutation rapide d’aujourd’hui, les États-Unis sont sans doute plus bouleversés que tout autre grand pays par la nature et la rapidité des changements stratégiques mondiaux de pouvoir. Le jeu des condamnations à Washington est monnaie courante. Les États-Unis s’étaient habitués à être aux commandes de l’ordre mondial qu’ils avaient mis au point depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il semble presque inconcevable pour la plupart des Américains – et pour certains étrangers qui ont grandi dans ce même environnement – d’imaginer un monde dans lequel les États-Unis ne sont plus l’architecte ou l’arbitre suprême de cet ordre mondial.
Ce changement suscite donc de sérieuses inquiétudes à Washington au sujet de son pouvoir en déclin (relatif). Ces angoisses conduisent à un besoin constant de renforcer publiquement, chez nous et à l’étranger, la croyance que la puissance américaine n’a pas du tout dérapé. Les États-Unis invoquent de plus en plus souvent l’argument selon lequel une action militaire est nécessaire quelque part, ne serait-ce que pour « maintenir la crédibilité des États-Unis ». Bref, si vous n’agissez pas, aussi imprudemment que cela puisse être, vous pourriez renvoyer une image de faiblesse et ne plus représenter un « engagement » crédible. Nous entrons donc dans la dix-septième année de guerre en Afghanistan. Tout cela fait partie du grand danger de la dangereuse danse des puissances montantes et déclinantes. La psychologie propre à la fois à la montée et au déclin du pouvoir peut être dangereuse. En conséquence, les États-Unis sont traités par les étrangers avec prudence, peut-être même comme un serpent capable de frapper de manière inattendue.
Il en résulte au niveau mondial une nervosité généralisée au sujet des intentions et des actions des États-Unis – même avant Trump – et de leurs conséquences risquées ou non désirées. Et c’est pourquoi une grande partie du monde pense maintenant en termes de limitation des dommages lorsqu’il anticipe des politiques américaines plus agressives.
Si nous devions alors nous contenter d’une seule description de la psychologie qui caractérise la stratégie chinoise et russe de nos jours, il s’agit bien d’un « endiguement » des États-Unis. L’UE aussi, par exemple, croit de plus en plus qu’elle doit prendre elle-même en main ses relations avec la Russie, plutôt que d’être entraînée dans une confrontation militaire avec la Russie par le biais d’exercices douteux de l’OTAN aux frontières de Moscou. Soutenir la « crédibilité » américaine n’est pas une priorité de la politique étrangère européenne (sauf pour les quelques petits voisins tristement condamnés à une vie éternellement à côté de l’ours russe). Les dirigeants sud-coréens trouvent également que jouer la carte américaine est parfois utile sur le plan diplomatique, mais représente un énorme danger si Washington est réellement prêt à déclencher une guerre – une guerre dans laquelle Séoul a tout à perdre. En effet, le seul État au monde aujourd’hui qui tend à soutenir complètement l’action militaire américaine presque partout dans le monde est Israël.
Enfin, le concept « d’endiguement » soulève une question plus profonde sur la psychologie des relations internationales. Dans quelle mesure est-il sage de maintenir des listes d’États et de dirigeants ennemis qui ont besoin d’être confinés ? Peu d’autres États le font, en partie parce que le fait de déclarer un autre État ennemi a des conséquences négatives évidentes ce qui conduit aisément à la prophétie autoréalisatrice. Ce phénomène est fondamental pour la psychologie même des relations humaines. Si nous signalons à quelqu’un que nous considérons qu’il s’agit d’une menace ou d’un ennemi, il y a de très fortes chances que l’autre partie fasse de même et que les relations mutuelles se détériorent de façon prévisible. C’est pourquoi les « politiques de bon voisinage » astucieuses représentent plus qu’une simple volonté de bien-être naïf. Pourtant, les États-Unis passent encore beaucoup de temps à dresser et à annoncer des listes de ceux qui sont des ennemis ou des rivaux et qui doivent être punis ou endigués.
Pour le meilleur ou pour le pire, l’ordre international de la fin du XXe siècle a disparu. Dans une période de changements stratégiques majeurs, les États-Unis semblent déterminés à s’accrocher au statu quo qui les a si longtemps favorisés. Pourtant, il serait peut-être sage pour Washington d’arrêter d’y aspirer – avec tous les problèmes que cela entraîne aujourd’hui. Peut-être qu’au lieu de rechercher sans fin des ennemis (« dragons à tuer à l’étranger »), ce qui est le quotidien de la plupart des stratèges et des groupes de réflexion de Washington, une volonté de s’adapter et de trouver une cause commune avec de nouvelles puissances mondiales donnerait des résultats un peu plus désirables pour tous.
Graham E. Fuller est un ancien haut fonctionnaire de la CIA, auteur de nombreux livres sur le monde musulman ; son dernier livre est « Breaking Faith: a novel of espionage and an American’s crisis of conscience in Pakistan ». (Amazon, Kindle) grahamefuller.com
Source : Graham E. Fuller, 07-02-2018
Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.
Nous vous proposons cet article afin d'élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s'arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]
Fritz // 20.05.2018 à 06h07
« Depuis la fin de la Guerre froide, le monde a changé de visage » : quelle idiotie sentencieuse. En étendant cette expression de “guerre froide” à quatre décennies ou plus, en copiant les Américains, nous avons copié leur simplisme. Car chacun sait que c’est Reagan qui a fait “tomber le Mur”, à lui tout seul, à moins que ce ne soit Kennedy-Berliner.
Le pire est que ce simplisme est enseigné dans les collèges et lycées depuis vingt ans. Après la fabrique du crétin, la fabrique des petits (néo)cons.