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dimanche 20 mai 2018

Militants de l'après-Mai 68




20 mai 2018

Militants de l'après-Mai 68

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Se replonger dans une époque riche en hauts faits militants et en héros positifs pour raconter sa propre épopée n'est jamais chose aisée. C'est encore plus délicat quand la période évoquée est celle de ces " années rouges " qui suivirent Mai  68 et qu'on est entre-temps devenu préfet de la République. Didier Leschi, ancien militant d'extrême gauche devenu grand commis de l'Etat, a pourtant réussi à coucher sur le papier, avec drôlerie et délicatesse, les espoirs, les coups de folie et les regrets de cette génération post-68. Celle coincée entre Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar et Alain Krivine du côté des anciens, et celle encore plus éphémère qui vécut le mouvement de 1986.
Scandé en quatre saisons, l'ouvrage raconte le parcours militant de son auteur et, avec lui, de tous ces jeunes qui, venant après les barricades de Mai, regardaient sans cesse vers leurs arrières ou par-delà les frontières. Ces années 1970 qui sentaient la poudre, où l'on s'affiliait à un groupe comme à une famille, où les amours plus éphémères se vivaient, elles aussi, dans l'urgence. Ce livre parsemé de tracts, d'extraits de journaux, de déclarations politiques, de citations d'ouvrages restitue parfaitement l'atmosphère survoltée. Les souvenirs des premiers émois amoureux se mélangent aux disputes politiques. C'est drôle et touchant.
Désillusions et trahisonsLe haut fonctionnaire sait coucher des pages savoureuses quand il dépeint chacune des branches de la famille trotskiste avec ses us et coutumes. L'occasion pour lui de relater le parcours de ses amis d'antan et d'évoquer des figures comme Daniel Bensaïd et, bien sûr, Jean-Pierre Chevènement, qui le marquèrent.
Dans son bilan de ces années de militantisme, Didier Leschi fait aussi le constat des désillusions et des trahisons. En particulier de ce courant qu'il voue aux gémonies, les lambertistes de l'Organisation communiste internationaliste. Car, à l'aube des années 1980, quand, pour cette génération, l'hiver politique approche, ce sont eux qui, noyautant les instances du PS et les allées de l'Elysée, vont définitivement enterrer l'espoir de ces tribus exaltées. Mitterrand et ses alliés lambertistes ont transformé l'envie de politique en envie de pouvoir, affirme-t-il. L'apothéose fut leur engagement derrière DSK. Sa chute fut aussi la leur, entraînant celle du PS avec eux. Didier Leschi a voulu rendre hommage à cette génération post-68 qui fut de loin la plus nombreuse et plus longtemps engagée. C'est fait et joliment. Car, derrière la nostalgie, revient la petite musique de ces moments où l'on a vraiment cru changer la vie.
Sylvia Zappi
© Le Monde

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